MAJA
Palimpsestes Décisifs   Tirages numériques d’images réalisées au polaroïd de format 80 x 80 cm présentés dans des  caissons lumineux. En prenant pour sujet le fragment d’un corps comme surface d’inscriptions, cette série  se joue d’une alliance d’empreintes de double natures : la trace indicielle du référent,  propre au procédé photo-mécanique, et celle d’une intervention manuelle effectuée  durant les premiers instants de sa révélation.   C’est en contrariant manuellement le processus de développement automatique de  l’épreuve au sortir de sa boite noire, en écrasant, biffant, repoussant l’émulsion  chimique de l’image encore latente, en rapport au “déjà vu derrière le viseur,” que je  fais subir à la matière même du polaroïd des violences qui, au travers du résultat, font  elles mêmes violence à la représentation.   Dans une démarche pictorialiste et exploratrice, en visant à manipuler le procédé  photographique comme un “matériaux pictural”, l’image se voit incarner la conversion  d’un hasard contrôlé en finalité esthétique. Selon les points d’impacts, les incidences  chimiques tendent par contaminations à de nouvelles conjonctions de la matière et de  la forme. Elles revalorisent le grain de la chair de l’image comme elles en altèrent sa  texture et ses valeurs jusqu’à dénaturer et effacer définitivement certaines des  parties. Telle une évolution irréversible des effets du temps à venir, entre dématérialisation et  contention, dissolution et momification, la représentation minéralisée par les traces  des deux actions instantanées, témoigne métaphoriquement l’un des enjeux du temps  photographique. Celui de la fragilité des frontières qui s’instaure entre l’apparition et  la disparition de l’image concomitantes au visible et invisible du processus qui la fige.